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 Fiche de synthèse - Les crises d'Ancien Régime

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Berthramm
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MessageSujet: Fiche de synthèse - Les crises d'Ancien Régime   Mer 14 Fév - 10:25

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Le diagramme ci-dessus présente le profil typique d’une crise d’Ancien Régime.
Les données qui ont servi à son élaboration sont : le nombre de mariages, le nombre de baptêmes, le nombre de sépultures et le prix du froment. Ces données concernent seize paroisses du sud de Paris, pour la période 1660 à 1664.
Les trois premières séries de données doivent être relativisées, dans la mesure où elles ne concernent que la population catholique. Néanmoins, les tendances décrites par ces courbes peuvent être généralisées à l’ensemble du monde rural de cette période.

1 - Description des courbes
Chacun de ces courbes connaît des fluctuations, et les trois séries relatives à la démographie (mariages, baptêmes, sépultures) présentent un aspect en dents-de-scie.
La courbe du prix du froment présente un aspect plus régulier, mais la moindre variation de prix d’une denrée pouvait à l’époque plonger dans la misère ou précipiter dans la tombe une part non négligeable de la population.

Courbe des mariages
En 1660, les mariages se sont surtout célébrés en hiver (janvier, février et novembre), avec un pic en juin, certainement peu après la fin des moissons. Le nombre d’unions est cependant régulier tout au long de l’année.
En 1661 et en 1662, les mariages ont toujours lieu en hiver (janvier, février), en été après les moissons (juin, juillet) et à la sortie de l’automne (novembre). Mais le nombre moyen d’unions est plus bas pendant la période d’août 1661 à août 1662.
Enfin, de janvier 1663 à fin mars 1664, la courbe de mariages remonte, atteignant une moyenne légèrement supérieure à celle de 1660. Les pics de cette période correspondent toujours aux mois de janvier, février (en 1664), juillet et novembre.

Courbe des baptêmes
Cette courbe est en dents-de-scie tout au long de la période considérée. On se rend cependant compte que les baptêmes (et donc la natalité) est élevée de l’automne 1660 au printemps 1661. La moyenne mensuelle des baptêmes pour cette période est d’environ 38,5.
Ensuite, la courbe chute malgré une reprise pendant l’été 1661, et jusqu’à l’été 1663, on constate une moyenne d’environ 29,5 baptêmes par mois.
Enfin, à partir de l’été 1663, on constate un regain des baptêmes, avec un pic au printemps 1664, après lequel la courbe semble se stabiliser au niveau moyen antérieur à la crise.

Courbe des sépultures
Cette courbe connaît un pic dès le début de la période (janvier 1660), certainement dû à un hiver rigoureux. Puis il y a un peu plus d’une quinzaine de sépultures par mois jusqu’en septembre. L’automne 1660 voit une augmentation des sépultures, qui ne se stabilise qu’au printemps suivant à un niveau supérieur à celui de 1660.
À l’entrée de l’été 1661, le nombre de sépultures monte en flèche, dépassant le nombre de baptêmes, auquel il restera supérieur jusqu’à l’été 1663, hormis pendant une courte période (au début de l’automne 1662). La courbe des sépultures redescend au début de l’année 1662, mais elle se stabilise à un niveau environ deux fois plus élevé que celui du début de la période.
Un nouveau pic se produit de l’automne 1663 à l’été 1664, à l’issue duquel a courbe revient progressivement au niveau du début de l’année 1660.

Courbe des prix
Cette courbe est la plus importante car elle conditionne les trois autres. Les prix sont données en livres tournois (lt).
On voit que le prix du froment, de 15 lt en moyenne début 1660, augmente à l’issue des moissons de l’été 1660, pour se stabiliser à une moyenne de 25,50 lt. Puis une seconde augmentation se produit, après les moissons de 1661, tout aussi brutale que la première, mais constante. Les prix augmentent crescendo jusqu’à atteindre 42,50 lt en juillet 1662, soit trois fois le prix du blé deux ans auparavant.
Puis, après les moissons de 1662, les prix chutent pour se stabiliser aux environs de 21,50 lt, jusqu’en juillet 1664, où ils baissent à nouveau pour se stabiliser au niveau du printemps 1660.

2 - Analyses des courbes
En règle générale, tout commence par une mauvaise récolte, qui fait grimper les prix des denrées alimentaires. La courbe des prix a donc une influence directe et indirecte sur les trois autres courbes. En effet, lorsque les prix augmentent, les gens ont tendance à moins se marier et à ne pas procréer. De plus, l’augmentation du coût de la vie plonge beaucoup de monde dans la misère et le dénuement, et la malnutrition (ou la sous-nutrition) associée aux rigueurs hivernales ont tôt fait de faire grimper le taux de mortalité.

D’une manière générale, on constate que la courbe des baptêmes suit l’évolution de la courbe des mariages, avec un décalage d’environ neuf mois, c’est-à-dire le temps d’une grossesse. Le nombre de baptêmes est fonction du nombre de naissances, lui-même fonction du nombre de mariages. Les périodes de chute de la natalité correspondent en règle générale à celles où l’on célèbre peu, voire pas du tout, de mariages.

La courbe des sépultures, qui rend compte du taux de mortalité, est, elle, fonction de deux courbes : celle des prix, bien sûr, et celle des baptêmes.
Certes, on constate qu’au début de la crise le taux de mortalité succède à l’augmentation des tarifs sans pour autant que le taux de natalité soit affecté. Cela vient de ce que les gens meurent des suites d’une malnutrition, et que les enfants nés à cette période ont été conçus avant que les prix n’augmentent.
Ensuite on voit bien que la courbe des baptêmes et celles des sépultures sont parallèles, de l’été 1661 à l’été 1663. On se rend même compte que la courbe des baptêmes a souvent un temps d’avance sur celle des sépultures. La cherté de la vie précipite toujours autant de personnes dans la misère et les plus faibles (vieillards, enfants, mendiants) dans la tombe, mais la mortalité infantile, déjà forte à cette époque, est aggravée par la crise de susbistance.
Hormis au plus fort de la crise (juillet 1661 à février 1662), la mortalité infantile est la variable qui empêche le taux de natalité d’être égal ou supérieur au taux de mortalité. Le contrecoup de la crise de 1661 – 1662, de l’automne 1162 à l’été 1663, rend bien compte de cela. Alors que la baisse des prix amorcée en août 1662 permet de diminuer le taux de mortalité (en octobre-novembre), les enfants conçus aux alentours de décembre 1661 – janvier 1662 (c’est-à-dire après une légère baisse des prix) sont plus nombreux. Les prix ayant toutefois augmenté et s’étant maintenu à un niveau élevé pendant les trois premiers trimestres de l’année 1662, les populations avaient des difficultés à se nourrir, et le taux de mortalité infantile ne pouvait que remonter. C’est ce que montre la seconde zone de crise.
En revanche, une fois la stabilisation puis la baisse des prix amorcées, le nombre de décès chute tandis que les baptêmes, consécutives aux mariages célébrés depuis la chute des prix de l’été 1662, sont célébrés à un niveau élevé.

La crise d’Ancien Régime se caractérise donc par l’enchaînement des évènements suivants : mauvaise récolte Arrow augmentation des prix Arrow diminution des mariages et naissances, couplée à une augmentation de la mortalité (surtout infantile).

Source des données (établies par Jean-Marc Moriceau): La crise de 1661-1662, in Documents d'histoire moderne - Du milieu du XVIIe sicèle à la fin du XVIIIe siècle (ouvrage collectif), PUB, 1992, p. 132-133.

Une autre étude sur une crise d'Ancien Régime survenue en Albigeois. L'hiver 1709-1710 fut l'un des plus rudes que connut la France à l'époque moderne.

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