Clio

Forum de ressources en sciences historiques
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 FL L'arsenal de Venise/The Venice arsenal

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
maharbbal
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages : 57
Age : 34
Localisation : Los Angeles-Paris
Date d'inscription : 15/02/2007

MessageSujet: FL L'arsenal de Venise/The Venice arsenal   Sam 10 Mar - 8:09

DAVIS R. C. (1991) Shipbuilders of the Venetian Arsenal. Workers and workplace in the preindustrial city Baltimore/Londres: John Hopkins University Press, 270p.


L'arsenal de Venise

Ce livre est une étude de la communauté des travailleurs de l’Arsenale dans le cadre général de la Venise du Seicento. L’ouvrage porte particulièrement la période 1620-1670, une étape souvent délaissée par l’historiographie au profit l’âge d’or de Venise (1350-1575). Il s’appuie sur des sources inexplorées: des recensements, des registres de paroisses, des documents administratifs, des rapports d’inspections et surtout des pétitions présentées par les travailleurs de l’Arsenal, les arsenalotti.

Davis retrace rapidement l’histoire de l’arsenal –création au XIIe siècle et lente croissance jusqu’au XIVe où les chantiers navals publics en permanente expansion deviennent un inégalé instrument de production et de stockage de matériel guerrier et en premier lieu de galères.


L’organisation du travail

L’Arsenal de Venise est une structure de production qui coûte jusqu’à 150.000 ducats l’an et emploie jusqu’à 3000 maîtres artisans divisés en trois guildes charpentiers de marine, calfats et tourneurs de rames. Ces dimensions rarement atteintes entraînent l’émergence de problèmes d’organisation nouveaux.

Les arsenalotti inscrits sur les rôles sont bien plus nombreux que ceux venant chaque jour à l’Arsenal. Cet absentéisme est causé par les hauts salaires offerts sur les chantiers privés. Les arsenalotti à la retraite peuvent se rendre à l’Arsenal chaque jour pour toucher leur paye. Pour venir à bout de l’absentéisme, un effort de rationalisation est réalisé : un système de “production en chaîne” est peu à peu édifié. Le Sénat parie sur la mise en place d’une main d’œuvre docile et moins qualifiée (le temps d’apprentissage est divisé par deux) sous la direction d’un encadrement nombreux et expérimenté. Les arsenalotti doivent, à partir de 1633, cent cinquante jours de travail, sur les deux cent soixante-cinq non chômés à Venise, sous peine de renvoi. Le développement d’appel d’offres internes permet à certains cadres de multiplier leurs revenus par cinq. Le chef d’équipe proposant la solution la plus rentable remporte le contrat.

Cette bureaucratisation s’accompagne de l’émergence d’une discipline presque militaire et ne va pas sans heurts. Des émeutes ont lieu et des désertions massives de l’Arsenal se produisent au cours des années 1580-1620, mais la nouvelle situation est finalement acceptée. Le résultat n’est pas une classe de prolétaires mais une caste d’artisans privilégiés. Un registre des baptêmes de leurs fils est entamé en 1650 donnant droit au statut d’apprenti dès dix ans. Si les plus hautes fonctions leur échappent, la plupart des postes de la hiérarchie sont réservés à des arsenalotti sortis du rang. Ces contremaîtres nommés à vie exercent la réalité du pouvoir sur le site. L’accès à ces postes est l’occasion pour les arsenalotti d’étaler leurs talents, leur bravoure et leur sens civique, de rappeler les exploits de leurs pères et de faire jouer des relations qui comprennent parfois jusqu’aux plus importantes familles patriciennes.

Ce nouveau système fonctionne-t-il? Après une longue période de dépression de 1574 à 1614, main d'œuvre et production augmentent de nouveau et revient aux meilleurs niveaux du siècle précédent. La source de ces aléas est moins la conjoncture économique que dans l’acuité de la perception du danger turc. En revanche toute innovation est presque stoppée par une direction de vieux artisans conservateurs . Il faut attendre 1660 pour que l’Arsenal produise pour ses premiers vaisseaux de ligne.


Les conditions de vie des travailleurs

Les quartiers autour de l’Arsenal sont en majorité habités par des arsenalotti. Une population très liée à un lieu de travail unique, des services rares et de qualité médiocre et une très forte endogamie définissent ce type d’habitat. Autre facteur d’isolement, les jardins maraîchers et les dons en nature de l’Arsenale conduisent à une forte autosuffisance alimentaire. Pauvres, les arsenalotti ne sont pas miséreux: les trousseaux sont substantiels. Dans l’ensemble, le régime est frugal et les conditions de vie souvent spartiates, mais la paye/pension de l’Arsenal garantit des vieux jours paisibles.

Les femmes sont surreprésentées dans ce village urbain. Elles travaillent directement à l’Arsenal comme couseuses de voiles, réalisent des travaux artisanaux dans leurs foyers ou sont logeuses. D’autres sont nourrices, sages-femmes ou voyantes. Il y a d’importante tensions entre ces femmes qui se déchaînent parfois à travers des accusations de sorcellerie.

Les vols de matériel à l’Arsenal sont très fréquents. Le larcin va de paire avec le versement d’une partie du salaire en nature. Ces pratiques sont difficiles à juguler car les arsenalotti assurent eux-mêmes la police sur le site. Bons marins, issus d’un milieu très solidaire, ils sont les meilleurs contrebandiers vénitiens. Leur rôle essentiel pour l’Etat les préserve contre les rigueurs de la loi. Leurs peines sont souvent commuées en temps de travail à faible solde et les patriciens intercèdent parfois en leur faveur.


Les arsenalotti dans la vile

Chaque automne depuis le Moyen Age se déroule un épisode rituel violent, illégal mais extrêmement populaire, la guerra dei pugni. La cité se divise alors en deux groupes les Nicoletti (les pêcheurs et les gondoliers) et les Castelloni (les arsenalotti). Défis à l’autorité, ces épisodes carnavalesques servent de valve de décompression sociale pour le peuple dans une République marquée par les inégalités sociales. La rancœur éprouvée à l’égard des arsenalotti par les autres artisans prouve que les honneurs pour lesquels ils consentent à des salaires sensiblement plus bas ne sont pas de vains mots. Davis qualifie les arsenalotti d’hybrides entre aristocrates et travailleurs. Nobles et arsenalotti entretiennent d’ailleurs de nombreux points communs (castes fermées belliqueuse au service de l’Etat) et même des relations suivies de clientèle.

Les arsenalotti sont l’un des derniers bastions du dynamisme civique. Durant la Guerre de Candie (1645-1669) parfois plus de la moitié des arsenalotti est sous les drapeaux. Ils sont un corps de quasi-fonctionnaire et en particulier sont les pompiers de Venise. Malgré l’existence d’une force de police professionnelle, aux arsenalotti est confiée la garde de points clef de la ville (Saint Marc).

Très liés au doge, les arsenalotti sont le symbole d’une grandeur passée. Pour ce rôle éminent, les arsenalotti sont près à sacrifier une part de leur salaire. Le patriciat intègre ainsi dans une forme de large élite étatique ceux qui sont sans doute les plus à même de menacer son pouvoir. Se coupant du reste des popolani, les arsenalotti ne deviennent ni des proto-prolétaires, ni des artisans soumis à une corporation, mais une caste de travailleurs au service de l’Etat.


Commentaires

On peut se demander si Davis n’est pas victime d’un effet de source qui radicalise ses conclusions. En effet, l’auteur utilise, dans ses recherches, presque uniquement des sources étatiques. Les arsenalotti semblent artificiellement enfermés dans leur relation avec la seigneurie coupés du reste de ville.

Ce travail – dominé par une lecture marxisante de l'histoire – permet d’observer sur une longue durée les changements de rationalités d’un groupe social qui troqua ses bénéfices économiques pour ses bénéfices symboliques. Il serait intéressant de savoir dans quelle mesure ce retournement est dû au changement de conjoncture économique au XVIIe siècle.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
FL L'arsenal de Venise/The Venice arsenal
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» PUISSANTE PRIÈRE DE COMBAT SPIRITUEL - ARSENAL DE PROTECTION DE DIEU
» Exposition sur la Bastille à la bibliothèque de l'Arsenal
» Arsenal VG 33 à 39
» compagnie de garde arsenal de Saïgon
» Hôtel du Grand Maître de l'Artillerie à Arsenal

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Clio :: Histoire/History :: Période moderne/Early Modern Period-
Sauter vers: