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 FL Les Marchands et l'Etat/Merchants and states

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maharbbal
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MessageSujet: FL Les Marchands et l'Etat/Merchants and states   Jeu 15 Mar - 6:01

PEARSON M. N. (1991) “Merchants and states”, in TRACY James D. ed., The Political Economy of Merchant Empires. State Power and World Trade 1350-1750, Cambridge: Cambridge University Press, p.41-116.

Idea English version down bellow

Quel est le rôle des gouvernements dans le développement économique ?
La politique peut accélérer ou freiner la croissance. Les élites politiques ont aussi une grande importance dans le développement économique. Les gouvernements supportent le groupe social qui leur fournisse la part la plus importante de leur revenues (politique fiscaliste). Par ailleurs, plus un Etat est pauvre, plus les acteurs de la société civile sont en position de force.

Les politique fiscales
“Les éléments cruciaux sont la taille de l’Etat, les structures de classes et les ressources fiscales. Les dirigeant de petites unités politiques doivent prêter plus d’attention, pour le meilleur et pour le pire, au trafic de longue distance que ceux qui ont de larges populations paysannes aisément imposables” (p.69). Les grands Etats conservent une “indifférente neutralité” par rapport aux communautés de marchands. L’auteur prend comme exemple le commerce maritime asiatique et fait la distinction entre deux types d’Etats : les empires territoriaux et les empires marchands.

Les empires territoriaux
Il y a la Chine, les Mogols et les Ottomans. L’administration y était réservée aux élites militaires. Leur efficacité laissait souvent à désirer (cf. la défaite des Mogols face aux Marathes). Ils était aussi très peu efficaces, une grande partie des revenus fiscaux était absorbée… par la collecte des impôts (p.55).

“Le point crucial est que ces empires asiatiques prospérèrent non par impulsion, mais en fournissant des installations pour un commerce libre mené par une grande variété de marchands. Les gouvernants fournissent des opportunités, un traitement juste, une infrastructure dans laquelle l’échange (…) peut s’opérer” (p.70). Les modes de production tributaire asiatique étaient plus viables que le féodalisme européen. Ainsi s’est formé un “piège de l’équilibre élevé” qui explique pourquoi les empires se contentaient d’une efficace fiscale faible qui ne captait que peu les revenus des marchands (p.68 ). Néanmoins il y a aussi des éléments culturels, même les cités-Etats asiatiques on une plus grande “politique de laisser-faire” que les Etats européens (p.70).

L’exemple chinois
Pendant la période Ming, les pressions mandchous forcèrent le gouvernement chinois à se concentrer sur les problèmes territoriaux (p.103). Il était aussi difficile de dominer les périphéries (comme les loyalistes Ming qui tiennent longtemps les régions côtières du Sud), ainsi toute intervention outre-mer était hors de porté. Même la navigation côtière fut abandonnée au profit des grands canaux (p.104).

La comparaison avec l’Espagne

En 1691, les étrangers récupérèrent 90% des importations venants de l'Amérique espagnole (p.81). "L'Espagne et le Portugal devinrent des courroies de transmission qui transportaient des épices et des métaux et les expédiaient vers le nord et vers l'est. Au Portugal, l'empire n'apporta pas de changements économiques à l'intérieur; le pouvoir royal était trop fort, ainsi la bourgeoisie naissante fut incapable de s'épanouir. […] Il est clair que les communautés marchandes [espagnoles] s'en sortirent bien mieux […] qu'au Portugal […] mais ce ne fut pas suffisant" (p.81).

Tous comptes fait les Européens eurent un rôle mineur dans l'économie asiatique avant 1750. Numériquement, ils n'étaient qu'un groupe de marchands parmi les autres dans les ports d'Asie. Ils se distinguaient en ce qu'ils importaient dans l'Océan Indien des techniques développées en Europe et en Méditerranée: des postes déterritorialisés dans les ports des Etats hôtes, compagnies de commerce, violence comme instrument de l'échange. Une des majeures différences est que les Etats européens ne supportaient que le commerce assuré par leurs nationaux, au contraire les Etat asiatiques accueillaient fort bien les marchands étrangers. Dans l'ensemble, les marchands asiatiques avaient moins d'influence sur la politique que leurs équivalent européens qui avaient parfois leurs propres Etats.

Les empires marchands
Portugal
Le Portugal avait peu de ressources naturelles et peu d'habitants, donc l'Etat dépendait étroitement du commerce pour sa survie financière. De ce fait, le commerce à longue distance s'effectua sous le parapluie de la couronne. Des monopoles d'Etat étaient souvent sous-traités par des entrepreneurs privés (cf. les voyages des Descobrimentos). Au début, du XVIIe les investisseurs trouvèrent ces entreprises moins attractives, de ce fait l'Etat dû remettre directement la main à la pâte.

La thèse de Frederic C. Lane: l'origine du succès des Portugais dans l'Océan Indien est lié à leur aptitude à menacer le trafic de leurs concurrents asiatiques et de leur vendre la protection nécessaire à la conduite de leur activité (un racket de fait). Mais les Portugais "auraient mieux fait d'utiliser leur avantage lié à la route du Cap pour concurrencer les routes traditionnelles par des moyens purement économiques" (p.79). Sur le long terme, les régions où l'Etat était le moins impliqué (Brésil) eurent de bien meilleurs résultats. Le commerce espagnol n'était pas aussi centralisé que celui des Portugais: la Casa de Contratacíon n'était qu'un instrument de régulation, pas une organisation commerciale.

Japon
Les daimyos belliqueux durent créer de fortes incitations (laissez-faire, bonnes infrastructures) pour attirer les marchands dans leurs seigneuries au détriment de leurs adversaires. Au contraire, le gouvernement du Shogun était bien plus interventionniste[1].

Pays Bas
Comme le montre le cas néerlandais, un gouvernement interventionniste n'était pas nécessairement une mauvaise chose. Aux Pays-Bas, le gouvernement était la communauté marchande: "les liens entre le gouvernement et la [VOC] étaient si forts [que la supervision de l'Etat] n'était pas nécessaire. [Ils] ne faisaient qu'un, indifférentiable l'un de l'autre et bien souvent ils étaient composés des mêmes personnes" (p.85). Ainsi, le pouvoir politique et diplomatique délégués à la compagnie ne créaient aucun problème. Comme les Portugais, la VOC internalisait les coûts de la protection (p.86). Il est intéressant de remarquer que l'empire espagnol centralisé était incapable de retenir le numéraire chez lui alors que le système redistributif néerlandais en était capable (p.87).

Angleterre
La contribution de la couronne anglaise fut politique, cherchant à limiter les effets pervers de la concurrence entre marchands anglais (p.89). Initialement, les compagnies anglaises étaient moins indépendantes que les néerlandaises car les élites politiques et commerciales n'étaient pas liées. De plus, les compagnies craignaient toute intervention de l'Etat dans ses affaires, en effet, les dirigeants anglais ont souvent extorqué de larges sommes aux compagnies de commerce (p.92). Mais, dans l'ensemble, les gouvernements furent pro-business: à l'inverse des autres Etats européens, il acceptat l'exportation de métaux. Le gouvernement anglais avaient en effet une longue tradition mercantiliste puisque dès Henry VI 50% des revenues de la couronne étaient fournis par les douanes (p.93). Le Navigation Act est un parfait exemple de l'appui étatique aux marchands.

Discussion
Cet article a d'important défaut et en particulier, il manque de clarté. Mais dans l'ensemble son idée principale (différentes alliances entre Etat et marchands suivant les dimensions du premier) est intéressante et bien défendue.

[1] 1597: les persécutions contre les chrétiens commencent au Japon; 1606:interdiction de la foi chrétienne; 1623: les Anglais quittent le Japon; 1624: les Portugais quittent le Japon; 1630: les Japonais sont interdits de commercer outremer; 1639: les commerçants néerlandais sont cantonnés à l’île Deshima dans le port de Nagasaki (p.84).


Dernière édition par maharbbal le Mer 20 Fév - 2:46, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: FL Les Marchands et l'Etat/Merchants and states   Jeu 15 Mar - 10:05

PEARSON M. N. (1991) “Merchants and states”, in TRACY James D. ed., The Political Economy of Merchant Empires. State Power and World Trade 1350-1750, Cambridge: Cambridge University Press, p.41-116.

What is the general role of governments in economic development?
Policies can impede or induce growth. Political elites can also have a significant influence on development. Governments support the class that provide the most important share of their revenue (fiscalism). Besides, the poorest the sate, the strongest the non-state players.

Fiscal policies
“The crucial variable is sizes of state, class structure, and revenue resources. Controllers of small political units typically have to take much more interest, for better or worse, in overseas trade than do rulers with large peasant population that can be taxed relatively easily” (p.69). Large entities preserved an “indifferent neutrality” towards merchants community. The author takes the example of the early modern long-distance trade and distinguishes between two types of polities: the territorial empires and the merchant empires.

The territorial empires
They were: China, Mughal India and the Ottoman Empire. Administration was reserved to the military elite. Their efficiency was often poor (cf the Mughal defeated by the Marathas, p.53). Empires got caught in unproductive traps due to their size: fiscal revenues were completely used to collect them (p.55).

“The crucial point is that all of these Asian [empires] prospered not by compulsion, but by providing facilities for trade freely undertaken by a vast array of merchants. What the rulers provided was really opportunities, fair treatment, an infrastructure within which trade (…) could take place” (p.70). The Asian tributary modes of production were more viable than European feudalism. There was a “high level equilibrium trap” explaining why empires settled for lower fiscal efficiency not trying to increase the revenue perceived from the merchants (p.68 ). There were also spacial differences Asian city-states had a more “hand-off policies” than their European counterparts (p.70).

The Chinese example
During the Ming period the Mongols’ pressure forced the Chinese government to concentrate on land matters (p.103). Considering the size of the empire, it was difficult to dominate the peripheries (see the Ming loyalists holding the southern coastal regions), thus intervention overseas was out of reach. Even coastal shipping is dropped in favour of transport by canals (p.104).

A comparison with Spain

In 1691, foreigners engrossed 90% of the Spanish imports from the Americas (p.81). “Both Portugal and Spain became in effect conveyor belts that transported spices and bullion to Europe and then sent them on to the north and east. In Portugal, empire did not lead to internal economic change; royal power was too great, so that a nascent bourgeoisie was unable to flourish […] It seems clear that [Spanish] mercantile groups did better […] than in Portugal, […] but they still not do nearly well enough” (p.81).

Overall, the European had a rather minor role in the Asian economy before the 1750. Numerically, they were simply other foreign merchants in the Asian ports. But they brought their method from Europe and the Mediterranean: de-territorialized posts in the host port-cities, trading companies, violence. European states were chiefly supporting their subjects’ trade, while Asian states induced foreigners’ trade (p.76). Politically, Asian merchants were weaker than their highly organized counterparts; Asian traders had less influence on the state’s policy (p.77).

The merchant empires

Portugal
Portugal had few inhabitants and no natural resources, hence the state depended on the trade for its revenue. The Portuguese long-distance trade took place under state umbrella. Often state enterprises such as the discoveries were contracted out to private entrepreneurs. In the early 17th century as investors lost interest the Crown was reluctantly pulled back in (p.79).
Frederic C. Lane argument: the origin of the Portuguese success in the Indian Ocean was the their ability to threaten the Asian traffic and then to sell protection; merely a racket. Portuguese “could have done better by using the cost advantages of the Cape route to undercut the traditional trade with Europe by purely economic means” (p.79). On the long run, the areas were the state was less involved (i.e. Brazil), the Portuguese did better (p.80). The Spanish trade was not as centralized as the Portuguese one. The Casa de Contratacíon was just a regulating body, not a trading organization.

Japan
In Japan, the warring daimyos had to create strong incentives (free trade, good infrastructures) to attract merchants in their domain rather than in their opponents’. The central government of the shogun was far more interventionist.[1]

Low Countries
But, as the Dutch case shows, an interventionist government was not necessarily un-effective. In the Netherlands, the government was the merchant community “the nexus between the government and the [VOC] was so tight that [state intervention] was not necessary. [They] were one and the same, indistinguishable from each other and indeed often consisting of the same people” (p.85). Thus the diplomatic and political powers delegated to the company did not create any problem. As the Portuguese did, the company internalized its protection costs (p.86). Interestingly, the centralized Spanish empire was incapable to retain its benefices within the country, whereas the redistributive Dutch system was able to do so (p.87).

England
The English Crown contribution was political tending to eliminate intra-English competition (p.89). But English companies at first we less independent than the Dutch ones because the commercial and political elite were not identical, on the other hand the company refused any state intervention in its affairs (p.90). As a result, the English state often squeezed revenues out of the trading companies (p.92). But the government was overall pro-business, uniquely it allowed export of bullion. The English government has always been mercantilist as an important part of its revenue came from customs up to 50% under Henry VI (p.93). The Navigation Act epitomized the state’s support to the merchants.


[1] 1597: antichristian persecutions started in Japan; 1606: Christianity was proscribed; 1623: the English leave Japan; 1624: the Portuguese leave Japan; 1630s: the Japanese forbidden to trade overseas; 1639: the Dutch traders are moved to Deshima Island in Nagasaki harbour (p.84).
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