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 FL Liberté et croissance/Freedom and growth

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maharbbal
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MessageSujet: FL Liberté et croissance/Freedom and growth   Ven 23 Mar - 23:23

EPSTEIN Stephen R. (2002) Freedom and Growth. The Rise of States and Markets in Europe 1300-1750, New York: Routledge, 223p.

Idea English version down bellow

Chapitre 1: Introduction (p.1-11)
Au cours des années 1960, l'histoire de l'époque prémoderne était dominée par la vision pessimiste de l'école française des Annales (Braudel, LeRoy Ladurie). Celle-ci avait une vision néomalthusienne centrée sur le cycle des crises de subsistance dus à l'immobilité du monde paysan.

Cette approche fut critiquée au cours des années 1970 par quatre courants de l'historiographie anglo-saxonne:
• La protoindustrialisation défendue par Mendel qui estimait que l'émergence au cours du XVIIe siècle d'une industrie rurale avait entraîné d'important changement économiques et politiques ouvrant finalement sur la Révolution industrielle.
• Le système-monde de Wallerstein qui voyait au XVIe siècle l'émergence d'une division du travail à l'échelle mondiale grâce au commerce à longue distance permettant le décollage d'un centre (l'Ouest) au détriment d'une périphérie (le reste du monde).
• La vision néomarxiste de Brenner insistant sur l'importance de l'issue d'une lutte des classes opposant les paysans aux élites comme génératrice d'un système de propriété des terres, lui-même à l'origine des performances économique d'un pays.
• La Nouvelle Economie Institutionnelle de North dépassait le dichotomie entre féodalisme et capitalisme en estimant que le choix de l'un ou de l'autre dépendait de leurs performances respectives en fonction de variables telles que la sécurité des droits de propriété ou le coût des transactions.

Mais au cours des 30 dernières années toutes ces théories ont du faire face à d'importantes critiques provenant des historiens essayant de les tester empiriquement.
• L'importance de la protoindustrie a été significativement revue à la baisse puisque son influence sur l'économie et la société des XVII et XVIIIe siècles apparaît bien moins sensible que dans la théorie de Mendel. D'autre part il a clairement été démontré que la protoindustrie ne commençait pas au XVIIe mais bien avant et que ses connexions avec la Révolution Industrielle étaient très lâches.
• Le sytème-monde de Wallerstein a aussi été mis à mal en particulier par la mise en évidence de l'importance du commerce intra-européen par opposition au commerce à longue distance et par la faible intégration des marchés transocéaniques qui n'apparaît qu'au XIXe.
• La théorie de Brenner s'est aussi heurtée à d'importants contre-exemples démontrant qu'un même système de production pouvait avoir des résultats diamétralement opposées.
• La Nouvelle Economie Institutionnelle est celle qui a rencontré le plus de succès mais elle est loin d'être satisfaisante. En particulier, elle n'offre pas de claire définition de ce qu'est une bonne ou une mauvaise institution et elle accorde beaucoup trop d'importance au pouvoir étatique à une époque où ce même pouvoir est en pleine phase de construction.

Epstein propose une nouvelle vision centrée sur trois postulats:
• L'économie prémoderne est animée par une croissance smithienne. C'est-à-dire qu'il existe une graduelle intégration à l'économie de marché et que celle-ci permet des économies d'échelle.
• L'innovation existe durant la période prémoderne, elle se révèle non par la grande invention mais par la progressive adoption de la meilleure technologie et par l'insémination croisée entre les économies.
• Les principales limitations à la croissance furent un Etat rapace et des problèmes de coordination liés à l'impossibilité de maîtriser la distance (problème d'agence).

Finalement Epstein s'oppose à une vision gradualiste de l'histoire (Whig history) et plaide pour l'importance de la crise du XIVe siècle dans l'émergence du monde moderne.

Commentaire
Epstein fut (il vient malheureusement de nous quitter) l'un des plus brillants historiens de sa génération. Toute critique qui lui est adressée ne peut être que pleine d'humilité. Cependant, on peut clairement repérer quelques problèmes dans sa vision d'ensemble. Tout d'abord elle est totalement "Ouestocentrique". Le reste de l'Europe n'existe presque pas et le reste du monde pas du tout. Au contraire, l'Ouest apparaît comme singulièrement polarisé en gros entre l'Angleterre et le reste. D'autre part, il est très clair qu'il prêche ici pour sa chapelle. Postuler l'importance du XIVe siècle est pour le moins étrange: pourquoi pas le XIIe (avancés commerciales)? le XVe (émergence des états modernes)? Le XVIe (grandes découvertes)? Le XVIIe (révolution scientifique, mise en place du système international)?

Bibliographie
BRAUDEL Fernand (1979) Civilisation matérielle et capitalism, II, les Jeux de l'échange, Paris: Armand Colin, 599p.
BRENNER Robert (1976) "Agrarian class structure and economic development in pre-industrial Europe" Past and Present 96: 16-117.
LE ROY LADURIE, Emmanuel (1969) Les Paysans du Languedoc, Paris: Flammarion, 384p.
MENDEL Franklin (1972) "Proto-industrialisation: the first phase of industrialisation process?" Journal of Economic History 32: 241-61.
NORTH Douglass C. and THOMAS Robert P. (1973) The Rise of the Western World, Cambridge: Cambridge University Press, 171p.
O'BRIEN Patrick K. (1982) "European economic development: the contribution of the periphery" Economic History Review 2nd ser. 35/1: 1-18.
WALLERSTEIN Immanuel (1974) The Modern World System, I, Capitalist Agriculture and the Origins of the World-Economy in the Sixteenth Century, New York: Academic Press, 410p.
[b]EPSTEIN Stephen R. (2002) Freedom and Growth. The Rise of States and Markets in Europe 1300-1750, New York: Routledge, 223p.[b]


Dernière édition par maharbbal le Mer 20 Fév - 2:48, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: FL Liberté et croissance/Freedom and growth   Sam 24 Mar - 0:45

Chapter 1: Introduction (p.1-11)
During the 1960s, the field of premodern history was dominated by the French school of the Annales (Braudel, Le Roy Ladurie) which had a "pessimistic" and Malthusian vision of the historical process centred on cycles of subsistence crises due to the immobility of the conservative peasants.

These views were criticized during the 1970s by four new anglo-saxon schools of thought:
• Proto-industrialization, led by Mendel which esteemed that the rise in the 17th century of a rural industry brought crucial economic and political changes ultimately resulting in the Industrial Revolution.
• The Wallerstein's world-system which sees the emergence of a global division of labour happening during the 16th century thanks to long-distance trade allowing the centre (the West) to take-off while the peripheries lagged behind.
• Brenner had a neo-Marxist vision stressing the importance of the class struggle happening in the 14th century and shaping the type of relations between peasants and elite which in turned explained the economic performances of a country.
• North"s New Institutional Economy went beyond the dichotomy between feudalism and capitalism assuming that the choice made by a society to pick one or the other was driven by the security of the property rights and the transaction costs.

But during the last 30 years all these theories had to face sharp criticism from historians trying to test them empirically:
• The proto-industry has been clearly overrated, its significance on 17th and 18th century economy and society appears far less important than what Mendel had esteemed. Besides, it did not started in the 17th century and its influence on the Industrial Revolution is uncertain to say the least.
• Wallerstein's world system has been weakened by the discovery that intra-European trade was far more significant than the long-distance one. More over the transoceanic markets appeared to have been poorly integrated before the 19th century.
• Brenner's theory also had to face many counterexample, showing ultimately that production system (feudalism or capitalism) was not predicting a country's economic performances.
• The New Institutional Economy was much more successful (Nobel Price) but is far from flawless. It does not say what is a good institution and what is a bad one and it attribute far too much power to the state at a time when it was still in infancy.

Epstein proposes a new vision based on three assumptions:
• Pre-modern economy was animated by a Smithian growth, i.e. there was a gradual integration into a European market economy allowing division of labour and economies of scale.
• Innovation existed in the pre-modern period, but it was far less the story of big inventions than of spreading of the best practice and cross-inseminations.
• The most important barriers to growth were the rapacity of the state and the problems to coordinate agents actions from a distance.

Finally, Epstein opposes to Whig history his belief that the 14th century crisis was the genesis of the modern world.

Commentaries
Epstein was (he unfortunately just died) one of the most brilliant historians of his generation. Any criticism addressed to his theory ought to be humbled by his impressive achievements. Nonetheless, there are some few issues with his main points here. First, he his completely West-centric, Eastern Europe and the rest of the world in general has virtually no room in his theory. He also has a very polarized vision of western Europe, basically it is England v. the rest… Finally, he has a clear tropism toward his own work: I don't see any reason to state that the 14th century was more important than the 12th, the 15th, the 16th or the 17th.

Bibliography
BRAUDEL Fernand (1979) Civilisation matérielle et capitalism, II, les Jeux de l'échange, Paris: Armand Colin, 599p.
BRENNER Robert (1976) "Agrarian class structure and economic development in pre-industrial Europe" Past and Present 96: 16-117.
LE ROY LADURIE, Emmanuel (1969) Les Paysans du Languedoc, Paris: Flammarion, 384p.
MENDEL Franklin (1972) "Proto-industrialisation: the first phase of industrialisation process?" Journal of Economic History 32: 241-61.
NORTH Douglass C. and THOMAS Robert P. (1973) The Rise of the Western World, Cambridge: Cambridge University Press, 171p.
O'BRIEN Patrick K. (1982) "European economic development: the contribution of the periphery" Economic History Review 2nd ser. 35/1: 1-18.
WALLERSTEIN Immanuel (1974) The Modern World System, I, Capitalist Agriculture and the Origins of the World-Economy in the Sixteenth Century, New York: Academic Press, 410p.
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